Une semaine au Kirghizistan

Sur un coup de tête, nous voilà en route pour le Kirghizistan (ou le Kirghizstan? Le Khyrghyzhystan? rien que pour l’orthographier correctement, il faut déjà 3 jours, alors peut-on réellement partir “sur un coup de tête” dans ce pays? Vous avez trois heures.), accompagnés de notre nouvel ami Pablo.

Bishkek

Etant à Almaty, il ne nous aura fallu que 5 heures pour rejoindre Bishkek, la capitale kirghize, en marshrutka (sorte de minibus pas très confortable mais pas très cher non plus). On loge à l’Apple Hostel, situé juste à côté de la gare routière. Nous voilà presque de retour en Europe avec cette auberge peuplée presque uniquement d’Occidentaux. La réceptionniste parle même anglais, avantage dont nous n’avons jamais bénéficié au Kazakhstan. Ca fait du bien, et ça sera souvent comme ça au Kirghizistan.

Nous n’avons pas vraiment vu Bishkek, mais la ville ne nous a pas vraiment donné envie de la visiter. Il y a juste une grande statue de Lénine et un bazar (marché couvert où l’on trouve absolument tout, du service à thé au pommeau de douche, en passant par les abats de viande, un vrai bazar quoi). Nous avions déjà vu plusieurs bazars au Kazakhstan, donc pas de regret. Le voyage commence sur les chapeaux de roue car nous avons décidé de nous attaquer à une randonnée de trois jours dans les montagnes dès le lendemain matin (réveil à 4h45, ouiouioui). Le bus pour Kyzart (point de départ de la randonnée réservée au Apple hostel) étant à 6h et l’auberge se situant à 50m de la gare des bus, nous nous sommes dits qu’on était large en quittant l’hostel à 5h40. Que nenni ! Cette gare est un véritable labyrinthe et on met au moins 20 minutes pour trouver l’emplacement de notre marshrutka. Le trajet coûte beaucoup plus cher que prévu et nous pensons que le chauffeur nous arnaque. On s’en va donc à la recherche d’un taxi partagé car nous pensons que ça nous reviendra moins cher. Que nenni bis! Au final, on paie plus cher que le minibus et en plus on doit attendre que la voiture soit remplie, processus qui prendra plus d’une heure. Mais comme Nico avait oublié sa gourde à l’hostel, peut-être que c’était un signe du destin pour qu’il aille la récupérer.

Song Kul

Arrivés à Kyzart, on prépare nos sacs pour les 3 jours en montagne et on prend notre lunch dans une guesthouse. Malheureusement, nous n’avions pas prévenu que nous étions végétariens (Pablo et moi) et on nous sert une soupe de raviolis à la viande. Comme il n’y a absolument rien dans ce village et qu’une journée de marche nous attend, pas le choix, on doit manger. On a presque la larmichette à l’oeil en mangeant car c’est la première fois en cinq ans (Pablo aussi) qu’on remange de la viande sans que ça soit par accident. Mais en fait c’était très bon, héhé.

 

La première journée est la plus facile, il ne faut marcher “que” 5 heures et le dénivelé n’est pas si élevé. Ça reste un peu compliqué pour nos gambettes, c’est la première vraie rando de notre voyage et nous ne sommes pas très sportifs Nico et moi, avouons-le… Le jeu en vaut pourtant la chandelle, dès le premier kilomètre, on en prend plein la vue : nous traversons des immenses troupeaux de moutons (ils ont un cul excessivement drôle, voir vidéo ci-dessous), de chevaux et même d’adorables vachettes laineuses.

Nous découvrons enfin le jailoo, ces vallées verdoyantes typiques du Kirghizistan où passent les troupeaux en été. C’est juste incroyable, on a l’impression d’être seuls au monde, le silence n’est rompu que par quelques cris d’animaux qui gambadent sans se soucier de nous.

Nous arrivons éreintés et affamés à la yourte. Un petit chaton nous accueille avec une offrande : une souris morte, quelle délicate attention. En attendant le souper, nous jouons avec le chat dans notre yourte. Malgré les épais tissus et peaux de moutons qui la composent, il commence à faire frisquet dès que le soleil tombe : l’occasion pour nous d’étrenner nos leggings techniques en laine mérino. Un indispensable si vous souhaitez expérimenter une nuit en yourte au Kirghizistan ! Nous passons dans la yourte à vivre, dans laquelle notre hôte Nouria nous sert un délicieux repas kirghize : une soupe de grosses pâtes carrées, avec des pommes de terre et des carottes, qu’on fait passer avec une dizaine de bols de thé (impossible de refuser et puis ça réchauffe).

Ca se voit qu’on a froid ?

Nous sommes traités comme des rois ! En revenant dans notre “chambre”, on constate que Nouria nous a préparés nos trois lits. Comme il n’y a pas d’autres invités, on s’approprie toutes les couvertures, mais malgré ça, la nuit est vraiment rude ! Non seulement à cause du froid, mais aussi à cause de ce petit chaton diabolique qui nous réveille en pleine nuit. Je commençais tout juste à m’endormir quand j’ai entendu Pablo hurler “What the fuck!”, c’était le chat qui lui avait sauté dessus sans prévenir. Malheureusement, ce malotru avait choisi une victime à embêter toute la nuit et c’était bien entendu moi. Il s’assoie successivement sur ma tête ou entre mes jambes, dans les couvertures, pour me piquer ma chaleur corporelle dont j’ai pourtant cruellement besoin. Au début, je n’ose pas bouger car j’ai peur de l’écraser et puis comme je vois qu’il a décidé de crapahuter sous ma couette toute la nuit, j’essaie de le jeter sur Nicolas mais apparemment c’est une victime moins drôle que moi car le chat revient toujours à moi. Avec tout le thé qu’on a bu, ça ne rate pas, je dois aller aux toilettes (= un trou à 3 milliards de kilomètres de la yourte). En revenant dans la tente, je marche (sans faire exprès, promis) sur le chaton qui pousse un cri, mais personne ne se réveille, je reste seule dans mon malheur (le chat n’ayant pas abandonné sa mission de dormir sous mon aisselle droite, que du contraire).

Quand on était encore amis

A huit heures, je suis toujours aussi fatiguée que la veille mais j’accueille le réveil avec soulagement, tout en maudissant ce félin de Satan. Petit-déjeuner constitué de pain, d’oeufs et de beurre à moitié rance (mais curieusement délicieux) avant de prendre la route. Ça grimpe sec aujourd’hui, et on se fait dépasser par plusieurs touristes qui ont choisi de faire la randonnée à cheval (on me dit tricheurs dans l’oreillette). Nous atteignons le sommet à 3400 mètres, non sans fierté : c’est le plus haut que nous ayons grimpé de notre vie Nico et moi 😀. Il fait très froid là-haut, malgré nos couches, mais on se réchauffe en entamant la descente jusqu’au lac Song Kul, le point d’orgue de ce trek.

Un peu trop fière d’être arrivée jusqu’à 3400m à la seule force de mes cuisses

L’emplacement du deuxième camp de yourtes est encore plus époustouflant que le premier, nous ne sommes qu’à 30 mètres du lac. Il y a un autre chat beaucoup plus mignon que celui de la première yourte (à la question de savoir si ceci est une vengeance personnelle, je répondrai d’un oui dépourvu de la moindre trace de honte). On rencontre Clémence et Nicolas, deux Français très sympas. On se rend compte que nous avons dormi dans le même dortoir qu’eux au Apple Hostel, sans nous en rendre compte! Nico et moi allons admirer le coucher de soleil sur un colline. On s’assoie au milieu d’un troupeau de chevaux qui broutent sans se préoccuper de nous. Le soleil se reflète sur le lac, le silence règne, on est bien.

Heureux

Le troisième jour se passe sans encombre, sauf quand Nico tombe dans une rivière en glissant sur une pierre, hihi. Nous dormons dans la guest house à Kyzart car nous sommes trop fatigués pour faire un pas de plus. On a vraiment adoré cette randonnée, qu’on n’a payé que 50 euros (guide, nuits dans les yourtes et tous les repas compris)!

Nourik notre guide, Pablo et moi. J’ai pas perdu mes cheveux promis, c’est juste la mode des fichus vous voyez

Le lendemain, nous décidons de faire du stop jusqu’à Kotchkor, d’où nous prenons le bus pour Karakol. Il n’y a vraiment pas beaucoup de passage à Kyzart, et tous les chauffeurs nous demandent de payer. Tant pis, de toute façon nous n’avons pas vu de bus passer non plus. La route est vraiment mauvaise, et les ceintures sont quasi inexistantes dans ce pays. Nous avons un gros fou-rire quand Nico saute de son siège jusqu’à se cogner la tête au plafond en roulant sur une bosse.

Nous dormirons finalement 2 nuits à Kotchkor, nous voulions faire la randonnée de Kul Ukok mais nous sommes hyper courbaturés. Dommage, elle avait l’air très belle aussi, mais on ne peut pas tout faire. En plus, nous avons un “dortoir” d’un seul lit superposé, pour le même prix que le grand dortoir (Jailoo hostel), on décide d’en profiter pour passer deux nuits sans ronflements intempestifs. Nous rencontrons presque uniquement des Français médecins dans cet hostel, c’est assez marrant. Certains en profitent pour se faire ausculter gratos.

Karakol

Nous nous sentons finalement d’attaque pour partir vers Karakol, cela prend 6 heures de marshrutka donc autant être en forme. A l’arrêt de bus, on retrouve Joan, une Française qu’on avait rencontré au sommet de la randonnée de Song Kul, elle se rend au même endroit que nous, et à la même auberge en plus de ça. Le Duet Hostel, on en entend parler depuis qu’on est au Kirghizistan pour ses pancakes au chocolat. L’endroit répond à nos attentes puisqu’on y vend une très bonne pizza ❤️. Le dortoir et les douches y sont très bien aussi, accessoirement. Le plan pour Karakol était de se lancer dans une autre randonnée de 3 jours, le trek d’Alakul (avec un nom pareil, ça a l’air vraiment cool) mais il fait trop mauvais et on nous dit que les yourtes commencent à être démontées et donc qu’on ne peut être assurés de trouver où dormir. N’ayant pas de tente, on n’a pas trop envie de prendre ce risque, et même si les yourtes sont toujours en place, je suis assez frileuse à l’idée de repasser 2 nuits à lutter contre la congélation. En plus, mes ampoules ne sont toujours pas guéries. Bref, je dispose d’un nombre assez élevé d’excuses valables pour ne pas passer pour une lâche en ne faisant pas la randonnée. Non, mais vraiment, il a énormément neigé là-haut les jours où on était censés y être donc je ne regrette pas, même si les paysages avaient l’air complètement dingues. De toute façon, il faudra revenir, une semaine ce n’est clairement pas assez pour ce si beau pays.

L’église orthodoxe de Karakol

Nous allons visiter les roches rouges du village de Jeti Oguz en compagnie de Joan. Il ne fait malheureusement pas très beau, on ne s’attarde donc pas.

Jeti Oguz

Le lendemain, on se lève à 5 heures (encore!) pour le marché aux animaux de Karakol. Les marchands de toute la région viennent ici pour acheter et vendre des vaches, des chevaux, des chèvres et des moutons. Et moi, qu’est-ce que je fais, je mets mes petites baskets blanches pour gambader entre les crottins (et en plus il pleut). Très mauvaise idée, mais heureusement les marchands kirghizes ont tout prévu et je fais l’acquisition de deux sacs en plastique que je noue autour de mes chaussures histoire de ne pas devoir les jeter à la poubelle en rentrant. Je tiens à dire pour ma défense que j’ai aussi vu des Kirghizes dans cet accoutrement! La visite est éprouvante : imaginez des milliers d’animaux attachés les uns contre les autres ou une énorme vache qu’on hisse dans un camion à 1 mètre de hauteur sans monte charge… Un vrai concerto en meuh-majeur (hihi).

Il est temps de retourner au Kazakhstan après cette escapade impromptue. Nous avions prévu de repartir de Karakol en passant par le poste frontière de Kegen (trajet de moins de 3 heures), mais un Anglais rencontré au Duet nous explique que le poste est déserté et qu’il n’y a aucun bus qui s’y rend, il faut prendre le taxi et une fois au Kazakhstan, bonne chance pour trouver une voiture pour Almaty car plus personne ne fréquente cette route. On n’a pas trop envie de payer des milles et des cents pour le taxi, nous n’avons donc d’autre choix que de filer vers Bishkek et de reprendre le même poste-frontière qu’en arrivant (Kordai)… Seulement cela prend bien évidemment beaucoup plus de temps. Après tout, on n’est pas si pressés que ça. Nous retournons à l’Apple Hostel et surprise, qui nous attend dans le couloir : Clémence et Nicolas ! On passe une chouette dernière soirée kirghize en leur compagnie.

NB: à l’heure où on vous écrit, le poste frontière de Kegen est totalement fermé. A vérifier si vous comptez passer par là donc!

Alimentation

Végétarien 

Le combat était presque le même qu’au Kazakhstan, sauf qu’ici j’ai dû faire quelques écarts car je n’avais pas précisé à l’avance que je ne voulais pas de viande. J’aurais sans doute pu éviter cette situation en étant plus prévoyante mais bon, ce n’est pas très grave. Une fois j’ai aussi eu de la viande dans ma soupe alors que j’avais demandé sans au restaurant, mais je pense que le serveur n’avait pas compris.

Lactose

C’est tout à fait possible de manger sans lactose au Kirghizistan car les plats n’en contiennent pas de base, si ce n’est au petit déjeuner. Dans les yourtes, on recevait souvent du porridge ou du pain beurré, mais Nico demandait des oeufs et c’était réglé.

Commentaires

    1. Lisa Vandeweghe Auteur
      de l’article
  1. Mathilde REINAULD

    Bonjour, merci pour votre article ! Je pars au mois de mai et j’ai lu sur un autre blog que le stop était une “institution” dans le pays, qu’en pensez-vous vu qu’apparemment on vous a demandé de payer ? Merci 🙂

    1. Nicolas Sohy

      Bonjour Mathilde! De notre expérience, le stop est en effet une institution, mais le tourisme étant en pleine expansion, les locaux commencent à comprendre comment en tirer profit! Et ils sont plutôt rares à prendre les autostoppeurs gratuitement désormais… On a tout de monde appris un mot de russe très utile: “bez denek” qui signifie “pas d’argent”. Au moins les choses sont claires dès le début 🙂 Car certains disent oui oui gratuitement en anglais, puis demandent de l’argent à l’arrivée en faisant mine de ne pas avoir compris plus tôt! Si tu as d’autres questions, n’hésite pas!

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